Le Journal Le Monde - Avril 2011

La « e-cigarette » sème le trouble
Aucune étude n’a été réalisée pour valider ce produit comme méthode de sevrage tabagique

La cigarette électronique est-elle toxique ? Ce produit est apparu sur le marché français porté par l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le 1er février 2007 étendue le 1er janvier 2008. Surtout vendue sur Internet mais aussi dans les pharmacies et les bureaux de tabac, la cigarette électronique ne nuirait pas à la santé et offrirait une alternative au tabac selon les sociétés qui la commercialisent. Certaines la présentent même comme un moyen d’arrêter de fumer. Ce qu’elle n’est pas. Du moins à ce jour. « On ne sait pas si la cigarette électronique est efficace comme méthode de sevrage tabagique ni même si elle est toxique », commente Anne Borgne, addictologue à l’hôpital René-Muret (AP-HP), à Sevran (Seine-Saint-Denis). En fait, il n’existe pas d’étude pertinente sur ces questions.
Une « e-cigarette » est un dispositif électrique composé à une extrémité d’une diode simulant l combustion ; de l’autre, une cartouche contenant un support imprégné d’une solution à base de propylène glycol ou de glycérol. Elle contient, ou pas, de la nicotine à différents dosages, et des arômes : tabac blond, menthe, pomme.
L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) considère qu’il y a « un problème de qualification du produit ». A ce jour, il n’est pas classé comme médicament et relève de la compétence de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).
Aucune société n’a donc demandé d’autorisation de mise sur le marché (AMM) aux autorités sanitaires. «Or, remarque Pascale Maisonneuve, médecin à la direction générale de l’Afssaps, la réglementation du médicament s’applique dans deux cas à la cigarette électronique : quand le fabriquant revendique un sevrage tabagique et quand la concentration de nicotine est égale ou supérieure à 10 mg/cigarette. Ce qui arrive parfois. »
Des études menées par l’Afssaps en 2010 ont montré que les concentrations de nicotine relevées chez certains fabricants étaient supérieures au taux affiché. « Dans ce cas, ces produits peuvent être des vecteurs incontrôlés d’administration de nicotine qui peut atteindre des niveaux dangereux pour la santé », considère Pascale Maisonneuve. Alors que les substituts nicotiniques (gomme, patch, inhalateurs), classés comme médicaments, ont des taux contrôlés, les cigarettes électroniques peuvent s’avérer moins fiables. La Commission européenne mène une réflexion pour modifier la directive relative aux produits du tabac et y inclure les cigarettes électroniques qui contiennent moins de 10 mg de nicotine et ne revendiquent pas le sevrage tabagique. Elle préciserait des exigences en termes de qualité et de sécurité. L’Afssaps recommande pour l’heure d’être prudent avec ces produits.
En outre, il n’existe pas d’études qualitatives ni quantitatives exhaustives sur les solvants présents dans les cigarettes (propylène glycol, glycérol). En juillet 2008, l’Afssaps avait fait part des risques du propylène glycol, «un solvant au pouvoir irritant ».
L’office français de prévention du tabagisme (OFT) condamne pour sa part la vente de ces produits en pharmacie, « de nature à tromper les consommateurs en leur laissant croire qu’ils ont fait l’objet d’études suffisantes d’efficacité et de nocivité ». Il pose la question de savoir s’ils peuvent constituer un produit d’initiation tabagique pour les jeunes.
En dépit de ces mises en garde, la consommation de cigarettes électroniques progresse. Edsylver, leader sur le marché, annonce une croissance de 30% de ses ventes sur la France par rapport à 2010. « Notre produit ne permet ni la réduction ni l’arrêt du tabac. C’est un produit permettant de fumer de manière plus saine car il n’y a aucun goudron ni monoxyde de carbone », explique son directeur général, Stéphane Pader. Il assure respecter la réglementation de moins de 10 mg de nicotine et réaliser des tests de contrôle au sein de différents laboratoires.
Alors que les fabricants font de la possibilité de fumer les cigarettes électroniques dans certains lieux publics un argument de vente, l’association Droits des non-fumeurs s’y oppose. « Fumer cette cigarette ou une autre, c’est normaliser le fait de fumer dans un espace fermé et couvert, alors qu’il est désormais acquis que l’on y fume plus », considère l’association.

Martine Laronche
www.edsylver.com

Retour à la liste des articles